Au delà de nos rêves

Un film qui touche à l'invisible

Mes amis, ce film est l'un de ceux qui m'ont le plus touché. Il pose des questions sur l'amour, la mort, et ce qui nous attend de l'autre côté, des questions auxquelles personne n'a de réponse, mais que nous portons tous en nous. Et je crois que c'est précisément pour cela qu'il me bouleverse autant, il ne cherche pas à fermer le mystère, il le rend habitable.

Je le dis avec ma sensibilité, parfois trop à vif, et avec mon fonctionnement autiste qui a besoin de repères, de logique, de cohérence, la mort a toujours été une énigme difficile à tenir dans la poitrine. Pas seulement une idée, une réalité qui désorganise. Pourtant, ce film n'ajoute pas du bruit à l'énigme, il lui donne une forme. Il rend l'invisible presque tactile, comme si nos questions avaient, elles aussi, une peau.

Chris et Annie forment un couple indissolublement lié, capable de surmonter les plus rudes épreuves. Après quelques années d'une vie idyllique, leurs enfants, Ian et Marie, leur sont brutalement arrachés dans un accident de voiture. Si Chris cache sa douleur, Annie s'éloigne inexorablement de lui, se mure dans sa solitude et se réfugie dans la peinture.

Il y a là quelque chose de terriblement vrai, dans cette manière dont le deuil fissure un couple, non pas par manque d'amour, mais par excès de douleur. Certains se taisent, d'autres débordent, certains veulent rester dans le quotidien, d'autres s'exilent à l'intérieur d'eux-mêmes. Le film ne juge pas, il montre. Et moi, je me suis senti compris, dans cette difficulté à trouver le bon geste face à la souffrance de l'autre. Dans le bouddhisme, on parle de compassion, mais une compassion réelle, pas une posture, implique d'accepter qu'on ne sait pas toujours comment faire. On reste, même maladroitement. On reste.

Quand Chris est à son tour victime d'une tragique collision, il meurt mais ne disparaît pas. Il connaît une autre vie à travers les peintures d'Annie qui se mettent à s'animer, et il comprend, ainsi, l'âme de sa femme.

Cette idée me touche au cœur, parce qu'elle dit sans discours que l'art n'est pas un divertissement. L'art, parfois, est un passage. Dans la peinture d'Annie, il y a plus que des couleurs, il y a une mémoire, une prière muette, un langage pour l'inexprimable. Le film suggère que l'âme peut laisser des traces, que notre monde intérieur peut devenir un paysage où quelqu'un d'autre, d'une façon mystérieuse, peut marcher. Cela me rappelle une expérience très simple que nous faisons tous, quand une musique nous transperce ou qu'un tableau nous arrête net, ce n'est pas seulement beau, c'est comme si quelque chose en nous reconnaissait quelque chose d'autre.

L'amour au-delà de la mort

Ce qui me fascine dans ce film, c'est cette idée que l'amour ne s'arrête pas avec la mort. Que les liens que nous tissons ici-bas ont une dimension qui nous dépasse. Le bouddhisme enseigne la continuité de l'esprit, et même si les mots sont différents, l'intuition est la même : ce que nous aimons profondément ne peut pas simplement disparaître.

Je sais que ces mots peuvent faire peur. Ils peuvent aussi être mal compris. Parler de continuité de l'esprit, ce n'est pas s'accrocher à une version rassurante de l'au-delà pour calmer l'angoisse. C'est plutôt reconnaître que la vie, même dans sa forme la plus intime, ne se réduit pas à l'objet que l'on tient dans la main. Il y a un courant, un mouvement, un enchaînement de causes et de conditions. Rien n'apparaît isolé, rien ne s'éteint sans laisser une empreinte. Dans cette perspective, l'amour n'est pas un simple sentiment privé, c'est une force qui nous façonne, qui change nos habitudes, nos paroles, notre regard. Même si un être n'est plus là, ce qu'il a éveillé en nous, lui, continue.

Ce film, sans prêcher, met aussi en lumière une autre vérité bouddhiste, l'impermanence. Tout change, tout se défait, et cela semble cruel, jusqu'au moment où l'on comprend que l'impermanence n'est pas seulement la fin, c'est aussi la possibilité du mouvement. Le deuil, quand il n'est pas nié, devient un chemin. Non pas un chemin qui efface la perte, mais un chemin qui apprend à aimer autrement. Et ce "autrement" est parfois la seule façon de ne pas se briser.

Ce qui m'a bouleversé, c'est que le film ne réduit pas l'amour à une douceur. Il montre l'amour comme un lien qui peut traverser l'obscurité, comme une fidélité à ce qui est vivant, même quand tout semble mort. Dans notre pratique, on parle de non-attachement, et je sais combien ce mot peut être mal reçu. Le non-attachement n'est pas une froideur, ce n'est pas cesser d'aimer. C'est aimer sans posséder, aimer sans exiger que l'autre reste. C'est permettre à l'amour de ne pas se transformer en chaîne. Et paradoxalement, c'est là que l'amour devient le plus vaste.

Le film m'invite aussi à une méditation très concrète, qu'est-ce que je fais de ma douleur, quand je n'ai plus de destination où la déposer. Est-ce que je la transforme en mur, ou en espace. Est-ce que je m'enferme, ou est-ce que je laisse quelqu'un m'approcher. Est-ce que je me protège en me coupant, ou est-ce que je me protège en respirant. Il ne donne pas de leçon, il ouvre ces questions, et il les laisse vibrer.

Et puis il y a l'invisible. Pas l'invisible spectaculaire, mais l'invisible discret, celui des liens, des présences intérieures, des gestes qui restent. Dans le bouddhisme, nous apprenons à regarder l'esprit, à voir comment une pensée naît, demeure, se dissout. Ce film, à sa manière, me fait sentir que l'amour aussi a ce rythme, il apparaît, il se transforme, il ne s'annule pas. Il peut changer de forme sans perdre sa nature.

Si vous ne l'avez pas encore vu, accordez-vous ce moment. Et si vous l'avez déjà vu, revoyez-le. Certains films se révèlent différemment selon l'endroit où nous en sommes dans notre propre chemin.

Peut-être que vous y verrez une histoire d'amour, peut-être un miroir de votre propre deuil, peut-être une porte entrouverte sur la question de la mort. Quoi qu'il en soit, je vous souhaite de le regarder comme on écoute quelqu'un qu'on aime, sans se presser, en laissant des silences. Et si des larmes viennent, qu'elles soient simplement ce qu'elles sont, la preuve que votre cœur n'est pas fermé.

Avec toute mon amitié, mes amis.

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« Chaque fois que je tais une émotion (par peur de choquer l'autre et risquer de le perdre), chaque fois que je fais semblant d'être heureux (alors que profondément une parole ou un acte m'a blessé), chaque fois que je dis oui, alors qu'au fond c'est non (car j’ai peur qu’on me juge), chaque fois que je fais quelque chose de contraire à mon élan profond (pour satisfaire quelqu'un d'autre), chaque fois que je prononce des mots auxquels je ne crois pas (parce que j'ai honte de ce que je ressens vraiment)... je me trahis et je m'éloigne de mon authenticité. »

Bodhiyuga
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