La jalousie

Il y a une histoire bouddhiste que j'aime particulièrement, car elle illustre avec une simplicité désarmante ce que signifie vraiment ne pas prendre les choses personnellement. Je la partage souvent avec les gens qui me demandent comment je fais pour ne pas réagir quand quelqu'un m'attaque verbalement. La vérité, c'est que je n'y parviens pas toujours. Mais cette histoire me rappelle la direction dans laquelle je veux aller.

Le Bouddha et l'homme en colère

Le Bouddha enseignait partout où il passait.

Or, un jour qu'il parlait sur la place du village, un homme vint l'écouter parmi la foule. L'auditeur se mit bientôt à bouillir d'envie et de rage. La sainteté du Bouddha l'exaspérait. N'y pouvant plus tenir, il hurla des insultes. Le Bouddha demeura impassible. L'homme fulminant quitta sa place.

Comme il avançait le long des rizières à larges enjambées, sa colère s'apaisait. Déjà le temple de son village grandissait au-dessus des rizières. En lui monta la conscience que sa colère était née de la jalousie et qu'il avait insulté un sage. Il se sentit si mal à l'aise qu'il rebroussa chemin, décidé à présenter des excuses au Bouddha.

Lorsqu'il arriva sur la place où l'enseignement continuait, la foule se poussa pour laisser passer l'homme qui avait insulté le maître. Les gens incrédules le regardaient revenir.

Lorsqu'il fut suffisamment près, il se prosterna, suppliant le Bouddha de lui pardonner la violence de ses propos et l'indécence de sa pensée.

Le Bouddha, plein de compassion, vint le relever.

- Je n'ai rien à vous pardonner, je n'ai reçu ni violence ni indécence.
, J'ai pourtant proféré des injures et des grossièretés graves.
, Que faites-vous si quelqu'un vous tend un objet dont vous n'avez pas l'usage ou que vous ne souhaitez pas saisir ?
, Je ne tends pas la main, je ne le prends pas bien sûr.
, Que fait le donateur ?
, Ma foi, que peut-il faire ? Il garde son objet.
, C'est sans doute pourquoi vous semblez souffrir des injures et des grossièretés que vous avez proférées. Quant à moi, rassurez-vous, je n'ai pas été accablé. Cette violence que vous donniez, il n'y avait personne pour la prendre.

Ce que cette histoire m'enseigne

Celui qui jette la poussière contre quelqu'un dans le sens opposé au vent ne salit pas l'adversaire mais son propre corps.

De même, quand on fait une action non vertueuse, c'est à soi-même qu'on fait du tort.

Cette histoire me revient souvent quand je me sens blessé par les mots de quelqu'un. Elle me rappelle que je n'ai pas l'obligation de « prendre » ce que l'on me lance. Que les insultes, les critiques, les jugements n'ont de poids que si je tends la main pour les recevoir. Et que la personne qui les prononce est, au fond, celle qui en souffre le plus, car elle porte en elle une agitation que rien ni personne ne pourra apaiser de l'extérieur.

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« Entre ce que je pense, ce que je veux dire, ce que je crois dire, ce que je dis, ce que vous voulez entendre, ce que vous entendez, ce que vous croyez en comprendre, ce que vous voulez comprendre, et ce que vous comprenez, il y a au moins neuf possibilités de ne pas se comprendre. »

Bernard Werber
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