Reconstruire avec un cerveau Asperger · partie 2

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Être loyal envers moi aussi

On me dit souvent que ma loyauté me perd. C’est vrai : je reste longtemps, parfois trop longtemps. Mais c’est aussi une force.

Alors cette loyauté, j’essaie maintenant de l’avoir aussi envers moi. Respecter mes limites. Prendre soin de mon sommeil, de ma fatigue, de mon corps. Chaque matin, je me le promets : je ne vais pas m’abandonner.

Et mon besoin d’analyser, je l’utilise pour m’aider, pas pour me juger. Concrètement, j’ai noté trois choses :

  • ce qui me fait réagir fort, certains mots ou certains silences, et comment y répondre autrement ;
  • ce qui me fait du bien quand ça va mal : des personnes, des lieux, des gestes simples ;
  • les idées fausses qui reviennent, comme « si j’explique tout, ça va s’arranger », avec ce que je me dis à la place : dire l’essentiel, puis laisser de l’espace.

Surtout, j’essaie d’être honnête avec moi-même. Me dire ce qui est, pas ce qui devrait être. Sans embellir le passé, et sans me rabaisser.

Des petites routines pour les jours difficiles

On m’a souvent conseillé de « laisser couler ». Ça ne marche pas très bien pour moi. J’avance mieux avec des étapes simples, toujours les mêmes.

Les soirs difficiles :

  • je baisse les lumières et je garde une petite lampe ;
  • je bois un verre d’eau, lentement ;
  • j’écris trois choses de ma journée, sans chercher à les expliquer ;
  • je respire lentement pendant deux minutes ;
  • je m’endors avec un bruit doux, la pluie par exemple.

Les matins lourds :

  • j’ouvre la fenêtre et je fais un pas dehors ;
  • j’étire doucement la nuque et les épaules ;
  • je me dis : aujourd’hui, je ne cherche pas de réponses, je prends soin de moi.

Ça peut sembler mécanique. Ça l’est un peu. Mais c’est justement ce cadre qui me permet de ressentir les choses sans m’y noyer.

Laisser le passé derrière

Je laisse le passé où il est : derrière. Pas par déni. Par respect. Je ne cherche plus à tout comprendre.

Quand un souvenir fait mal, je reviens à du concret. Une marche. Un fruit que je coupe. Un verre que je lave lentement. Des choses simples, qui me ramènent au présent quand ma tête s’emballe.

J’arrête aussi de rejouer de vieilles conversations dans ma tête pour avoir enfin le dernier mot. Je préfère m’occuper de ma vie, ici, maintenant.

Garder de la place pour l’imprévu

Mon risque, c’est de tout organiser pour ne plus jamais souffrir. Mais une vie trop contrôlée finit par manquer d’air.

Alors je garde un peu de place pour l’imprévu. Une heure par semaine sans programme, où je me laisse guider par l’envie du moment. Un détour par un parc que je ne connais pas. Une boulangerie où je n’étais jamais entré.

Ces petits moments me rappellent que le monde n’est pas seulement menaçant. Il peut aussi être doux.

Parler à quelques personnes de confiance

Je ne me confie pas à tout le monde. Je choisis quelques personnes, et je leur dis les choses simplement. Pas tout. Juste ce qui m’aide à avancer.

Avec un ami proche, on a une habitude toute simple : quand je lui dis que j’ai besoin d’être écouté, il m’écoute, sans chercher à me donner de solution. Ça me fait un bien fou.

Je préfère des liens clairs et des engagements que je peux tenir, plutôt que de grandes promesses.

Ce que j’apprends à lâcher

J’apprends à lâcher l’idée qu’on peut sauver une histoire à force de raisonner. Et l’idée que comprendre l’autre suffit pour être compris.

J’apprends aussi à lâcher l’idée que je dois être facile à aimer pour mériter l’amour. Je suis comme je suis : je ressens fort, je réfléchis beaucoup, et j’ai besoin de repères clairs. J’arrête de m’en excuser. J’apprends à faire avec.

Des petites victoires

Je ne mesure pas ma reconstruction aux grandes étapes. Je la vois dans des petites choses :

  • ce matin, je n’ai pas ressassé le passé au petit-déjeuner ;
  • j’ai dit « je ne peux pas parler maintenant » sans me sentir coupable ;
  • je me suis endormi sans rejouer les vieilles scènes.

Ce sont des victoires discrètes. Mais elles comptent.

Ce que je retiens aujourd’hui

Je construis une vie intérieure qui me convient. Calme, avec des moments de silence, et quelques personnes que je laisse entrer.

Ma façon de me relever n’a pas à ressembler à celle des autres. Je peux aimer sans me perdre, réfléchir sans me faire du mal, ressentir sans me blesser à chaque fois.

Je ne suis pas cassé. Je suis construit autrement.

Chacun a sa route. Il n’y a pas d’ennemi dans mon histoire. Juste deux personnes qui ne se sont pas accordées, malgré leurs efforts. C’est triste, mais c’est vivable.

Ma pratique, simplement

Quand tout s’agite, je reviens à des choses simples.

Je m’assois, le dos droit mais détendu. Je pose mon attention sur ma respiration. Je ne force rien. Je remarque juste l’air qui entre et qui sort.

Je me répète trois phrases :

  • j’inspire, je sais que j’inspire ; j’expire, je sais que j’expire ;
  • j’inspire, je me calme ; j’expire, je relâche ;
  • j’inspire, je souris doucement ; j’expire, je m’offre de la douceur.

Parfois je marche aussi, très lentement, en sentant chaque pas.

Et je pense avec bienveillance aux personnes qui ont compté, sans m’y accrocher : « Puisses-tu être en paix. Puissé-je être en paix. » Ça m’aide à ne pas garder de rancœur.

Je termine par un geste simple : les mains sur le cœur, les yeux fermés, un merci. Pour mon souffle, pour ce corps qui tient, pour la chance de recommencer demain. Puis je rouvre les yeux, et je vais mettre la bouilloire en route.

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