Dans la première partie, j'ai décrit ce glissement : la tristesse qui s'épaissit, la solitude qui se révèle. Voici la suite, et ce qui, malgré tout, me retient.
Les petites scènes qui font basculer
Je vais bientôt jouer au théâtre d’improvisation.
J’ai invité des amis. Ils m’ont tous dit qu’ils avaient autre chose à faire. Certains n’ont même pas répondu. J’ai relancé par un message vocal une semaine plus tard. L’un d’eux l’a écouté sans jamais répondre.
Ce n’est pas dramatique, sur le papier. Ce sont des détails. Des agendas. Des oublis. Des priorités.
Mais dans mon cœur, ce sont des preuves.
Des preuves qui s’empilent et qui disent, encore et encore, que je ne compte pas tant que ça.
J’ai compris que je n’avais plus envie de courir après des gens qui ne répondent pas.
Ce n’est pas de la rancune. C’est une manière de me respecter. J’ai décidé de mettre mon énergie dans les liens qui comptent vraiment.
Le bouddhisme m’apprend l’impermanence, et l’absence de garantie. Je le sais. Je le médite. Je peux même le goûter parfois, comme une liberté. Mais quand le manque est là, quand la solitude se révèle, l’impermanence ressemble moins à une sagesse qu’à un vertige.
Et ce vertige, je le sens plus souvent ces dernières semaines.
Je sens que je glisse.
Le désir d’aimer
J’aimerais tellement rencontrer quelqu’un.
Pas pour remplacer. Pas pour fuir. Je veux aimer. Je veux être aimé. Je veux un lien vivant, vrai, doux, adulte. J’ai ce désir-là en moi, et je n’ai pas envie de le nier.
Pour l’instant, ça me paraît loin. Je me demande si je rencontrerai un jour quelqu’un avec qui construire un lien simple et sûr. Et ça me fait un peu peur.
Ce qui me retient debout
Ce qui me fait tenir, avant tout, ce sont mes enfants.
Certains jours, la peine est plus lourde que je ne l’aurais cru. Et au milieu de ces jours-là, il y a mes enfants.
Ils sont mon ancrage. Ma raison de me lever les matins les plus lourds. Ma raison de ne pas laisser l’ombre gagner tout l’espace.
Je peux être au bord des larmes, je peux me sentir vide, je peux me sentir inutile. Et puis je pense à eux, et quelque chose en moi se redresse. Pas comme un miracle. Comme une responsabilité aimante.
Je ne suis pas un héros. Je suis un père qui tient.
Le cœur du glissement : quand l’espoir faiblit
Au-delà de la tristesse, il y a des jours où l’espoir faiblit.
J’ai du mal à croire que je serai aimé à nouveau. Que j’aimerai encore. Que ces blessures guériront un jour.
La douleur, je la connais. Je peux la respirer. Je peux la regarder. Je peux parfois lui faire de la place, comme on fait de la place à un invité difficile. Je peux même, certains jours, sentir qu’elle a un mouvement naturel, qu’elle monte et qu’elle redescend.
Mais quand l’espoir faiblit, la douleur semble ne plus avoir de fin.
Ce n’est pas la peine qui me fait le plus peur, c’est l’idée qu’elle puisse durer.
Je sens que je glisse vers une tristesse profonde. Et j’ai peur que ça devienne une dépression.
Je préfère le nommer. Pas pour me coller une étiquette. Pour regarder la réalité en face, et ne pas me raconter que tout va bien juste parce que je continue à travailler et à sourire.
Dans la tradition Kadampa, on apprend à reconnaître une émotion, à l’accueillir, à ne pas s’y identifier complètement. Je m’y essaie. Je m’assois. Je respire. Je laisse passer. Je reviens.
Et les jours où ça ne suffit pas, je fais ce qu’il faut : je demande de l’aide.
Je n’ai pas de leçon à te vendre. Je peux seulement dire ceci : écrire ce glissement, le nommer, le regarder, c’est déjà refuser de le subir en silence.
Je continue à me faire aider. Je continue à pratiquer. Je continue à écrire. Et je continue à aimer mes enfants, du mieux que je peux.
Si tu traverses quelque chose de semblable, je ne vais pas te dire de te secouer. Je ne vais pas te dire de relativiser. Je vais juste te dire que tu n’es pas obligé de porter ça seul. Il existe des endroits où l’on peut déposer ce qui pèse sans être jugé.
Je ne sais pas encore combien de temps ça prendra.
Mais aujourd’hui, je choisis de rester là. De respirer. Et d’écrire.